Une khettara est un tunnel souterrain alimenté par gravité qui achemine les eaux souterraines d'un aquifère vers la surface — sans pompe, sans moteur, sans énergie. La technologie est issue du qanat de la Perse antique et a été adaptée au Maroc à partir du Xe–XIe siècle environ. Construction : une série de puits verticaux (10–50 m de profondeur) reliés par un tunnel en pente douce (1–15 km de long, pente ~1:1000). La région du Tafilalet (près de Merzouga) en comptait plus de 400 historiquement. Signe en surface : des alignements de monticules circulaires (déblais) marquant chaque puits. Pour les voir : lors de tout circuit désert de 3 jours à partir de 95 €.
Comment Fonctionnent les Khettaras

Une khettara commence par un « puits mère » — un puits vertical profond creusé dans un flanc de colline ou une zone surélevée où il atteint la nappe phréatique. À partir de ce point, un tunnel en pente douce (pente d’environ 1:1000 — soit seulement 1 mètre de dénivelé par kilomètre) achemine l’eau sous terre vers les terres agricoles situées en contrebas. L’eau s’écoule entièrement par gravité — sans pompe, sans électricité, sans pièce mécanique.
Le long du tracé du tunnel, des puits d’accès verticaux sont creusés tous les 10 à 30 mètres. Ils remplissent trois fonctions : l’accès pour la construction (les ouvriers creusent le tunnel section par section entre les puits), la ventilation (circulation d’air pour les creuseurs) et la maintenance (nettoyage des sédiments et débris au fil des siècles). Le signe visible en surface est une ligne de monticules circulaires — des tas de déblais issus du creusement — qui s’étendent à travers le paysage. De loin, ils ressemblent à une file de fourmilières géantes.
La construction est entièrement manuelle : pioches, pelles et matériaux locaux. Les ouvriers creusent d’abord les puits, puis les relient sous terre. Les parois du tunnel sont parfois renforcées avec de la pierre ou de l’argile dans les sols instables. La construction d’une seule khettara pouvait prendre des mois, voire des années, et nécessitait une connaissance précise de la géologie locale et du comportement de la nappe phréatique — un savoir transmis de génération en génération par des puisatiers spécialisés.
Chiffres Clés
| Fait | Détail |
|---|---|
| Ce que c’est | Tunnel souterrain d’irrigation alimenté par gravité — de l’aquifère à la surface |
| Origine | Technologie perse du qanat, adaptée au Maroc ~Xe–XIe siècle |
| Longueur du tunnel | 1–15 km (parfois plus) |
| Profondeur des puits | 10–50 m (selon la nappe phréatique) |
| Espacement des puits | Tous les 10–30 m le long du tunnel |
| Pente | ~1:1000 (1 m de dénivelé par km) |
| Énergie utilisée | Zéro — gravité uniquement, sans pompe ni moteur |
| Réseau du Tafilalet | Plus de 400 khettaras historiquement (le plus grand du Maroc) |
| État actuel | Beaucoup abandonnées ; projets de restauration en cours à Skoura et dans le Tafilalet |
| Signe en surface | Alignements de monticules circulaires (déblais) marquant les puits verticaux |
| Équivalents mondiaux | Qanat (Iran), falaj (Oman), foggara (Algérie), acequia (Espagne), karez (Afghanistan) |
Origines et Histoire

La technologie à l’origine des khettaras est née sous la forme du qanat dans la Perse antique (l’Iran actuel), où les premiers exemples remontent à environ 1000 av. J.-C.. La technique s’est propagée à travers le monde islamique durant l’âge d’or médiéval — atteignant le Maroc, l’Afrique du Nord, l’Espagne et l’Asie centrale. Au Maroc, les khettaras ont été mises en place à partir du Xe–XIe siècle environ, devenant l’épine dorsale de l’agriculture oasienne dans le sud aride.
La même technologie de base porte des noms différents à travers le monde : qanat (Iran — Patrimoine mondial de l’UNESCO), falaj (Oman — également classé à l’UNESCO), foggara (Algérie), acequia (Espagne) et karez (Afghanistan, ouest de la Chine). Tous partagent le même principe : des tunnels souterrains alimentés par gravité, de l’aquifère à la surface. Les khettaras du Maroc constituent la branche la plus occidentale de cette famille mondiale d’ingénierie hydraulique.
Les khettaras n’assuraient pas seulement l’irrigation — elles structuraient des communautés entières. Les droits d’eau étaient gérés collectivement, avec des calendriers de distribution précis déterminant quelle famille recevait l’eau tel ou tel jour. Cette organisation sociale persiste dans certaines villes oasiennes aujourd’hui et constitue l’un des plus anciens systèmes continus de gouvernance des ressources en Afrique du Nord. Les communautés berbères qui les ont construites et entretenues transmettaient ce savoir spécialisé par des lignées familiales de puisatiers.
Où Voir des Khettaras

Tafilalet et Merzouga (Plus Grand Réseau)
La région du Tafilalet — s’étendant d’Erfoud à Rissani puis Merzouga — possède le plus grand réseau de khettaras survivant au Maroc. Historiquement, plus de 400 khettaras irriguaient les palmeraies et les plantations de dattiers qui faisaient du Tafilalet l’une des régions oasiennes les plus riches d’Afrique du Nord. Beaucoup sont aujourd’hui abandonnées (voir « Pourquoi elles disparaissent » ci-dessous), mais les monticules des puits restent visibles à travers le paysage. La zone autour d’Erfoud abrite également un petit éco-musée de la khettara où les efforts de restauration sont présentés.

Oasis de Skoura (Restauration)
L’Oasis de Skoura — abritant la Kasbah Amridil et des milliers de palmiers — a été le site de projets communautaires de restauration de khettaras. Des familles locales et des ONG ont travaillé à rouvrir des canaux, dégager des sections effondrées et reconnecter les khettaras à des sources d’eau fonctionnelles. Skoura se trouve sur l’itinéraire des circuits désert de 4 jours et plus.
Palmeraie de Marrakech (Historique)
Moins connu : la Palmeraie de Marrakech — la palmeraie de 13 000 hectares en bordure nord de la ville — était historiquement irriguée par un réseau de khettaras. Celles-ci ne sont plus fonctionnelles (remplacées par des puits modernes), mais cette histoire relie Marrakech elle-même à la tradition plus large des khettaras. Vous pouvez visiter la Palmeraie lors d’une balade à dos de chameau d‘1 heure (25 €).
| Circuit | Durée | Région des Khettaras | À partir de |
|---|---|---|---|
| Circuit Merzouga Partagé | 3 jours | Tafilalet (Jour 2) | 95 € |
| Circuit Merzouga Privé | 3 jours | Tafilalet (Jour 2) | 195 € |
| 4 Jours Étendu | 4 jours | Tafilalet + Skoura | 275 € |
| Balade en Chameau Palmeraie | 1 heure | Palmeraie de Marrakech | 25 € |
Pourquoi Elles Disparaissent

Malgré leur conception ingénieuse, les khettaras font face à de graves menaces. La principale : les puits profonds modernes et les motopompes. Ceux-ci extraient l’eau des mêmes aquifères, mais beaucoup plus rapidement que les khettaras ne peuvent se recharger — abaissant la nappe phréatique en dessous du niveau que les tunnels des khettaras peuvent atteindre. Une fois qu’une khettara s’assèche, l’entretien cesse, les puits s’effondrent et le tunnel se remplit de sédiments. Restaurer une khettara effondrée est coûteux et laborieux.
Le changement climatique aggrave le problème : la diminution des précipitations dans le sud du Maroc signifie moins de recharge des aquifères. L’urbanisation et la croissance démographique augmentent la demande. Le résultat : des centaines de khettaras ont été abandonnées dans les vallées du Tafilalet et du Drâa au cours du dernier demi-siècle. Des efforts de conservation existent — menés par des ONG locales, des groupes communautaires et des partenaires internationaux — mais le rythme des pertes dépasse souvent celui de la restauration.

Quoi : Tunnel souterrain alimenté par gravité, de l’aquifère à la surface. Sans pompe, sans énergie.
Origine : Qanat perse → Maroc ~Xe siècle. Même famille que le falaj (Oman) et la foggara (Algérie).
Dimensions : Longueur 1–15 km, profondeur des puits 10–50 m, pente ~1:1000.
Où : Tafilalet (400+ historiquement), Skoura (restauration), Palmeraie de Marrakech (historique).
Menace : Pompes modernes abaissant les nappes phréatiques. Des centaines abandonnées.
Pour les voir : Lors de tout circuit désert de 3 jours au départ de Marrakech — monticules des puits visibles entre Erfoud et Merzouga.